Il existe des adresses que l’on hésite à donner. Non parce qu’elles seraient cachées, mais parce qu’on y a vécu quelque chose d’un peu personnel, une pièce, un jardin, une conversation, et qu’on redoute de les voir traitées comme de simples hôtels. On les transmet alors avec retenue, comme on donnerait le nom d’une table aimée à quelqu’un dont on connaît le goût.
Les cinq maisons que voici n’ont rien de secret. Ce qui les relie n’est ni un style ni un pays, mais une même manière de recevoir : celle d’un intérieur que l’on habite plutôt que d’un établissement que l’on traverse. On y déjeune dans une cuisine, on lit dans une bibliothèque, on regarde longtemps des œuvres qui appartiennent à l’histoire du lieu.
Nous les avons sélectionnées pour cela, et pour ce qu’elles demandent en retour : du temps, un peu de silence, l’envie de ne rien presser. Voici ce que nous viendrions y chercher, et la manière dont nous composerions un séjour autour de chacune.
Maison 01 · Stockholm
Ett Hem, un intérieur que l’on habite

Une maison particulière, pas un hôtel
Ett Hem signifie « un chez-soi » en suédois, et rien dans la maison ne dément ce nom. Installée dans une demeure de briques rouges des années 1910, dans le quartier résidentiel de Lärkstaden à Stockholm, elle a été pensée par la décoratrice Ilse Crawford comme un intérieur habité plutôt que comme un hôtel à traverser.
On n’y trouve pas de réception au sens habituel. On lit dans la bibliothèque, on prend un café dans la cuisine, on s’installe près du feu, et le personnel se comporte moins comme un service que comme une maisonnée. Les chambres, peu nombreuses, prolongent cette impression : meubles chinés, matières chaudes, objets qui semblent avoir toujours été là.
Stockholm est à portée de marche, mais la maison décourage doucement l’agitation. Nous y viendrions pour deux ou trois nuits, en gardant du temps pour ne rien faire d’autre que l’habiter, et en ne sortant que lorsque la ville, dehors, aurait vraiment quelque chose à offrir.
Ce que la maison permet
La cuisine et la bibliothèque
Le cœur de la maison n’est pas un lobby mais une cuisine ouverte et une bibliothèque où l’on peut s’installer à toute heure. Nous y prendrions le petit déjeuner sans hâte, et souvent le premier verre du soir.
Un nombre réduit de chambres
Les chambres se comptent, ce qui explique le calme du lieu. Nous choisirions moins une catégorie qu’une exposition et une atmosphère, à confirmer selon les disponibilités.
Le séjour en un regard
- Lieu
- Lärkstaden, Stockholm
- Durée
- Deux à trois nuits
- Saison
- Toute l’année, l’hiver pour le feu
- Esprit
- Un chez-soi, design et calme
Maison 02 · Côte d’Azur
La Colombe d’Or, l’art comme mémoire

Une collection née d’amitiés
À Saint-Paul-de-Vence, La Colombe d’Or n’a pas accroché des œuvres pour se décorer : elle en a reçu. Dès les années 1920, le fondateur Paul Roux accueille les artistes de passage, et beaucoup laissent une toile, parfois en échange d’un repas. Picasso, Matisse, Léger, Braque, Miró, Calder : la collection s’est constituée au fil des amitiés, et elle appartient depuis à l’histoire de la maison plutôt qu’à ses murs.
On déjeune sous les figuiers, un mobile de Calder tourne près de la piscine, une céramique orne une terrasse. La maison compte treize chambres et douze suites, tenues par la même famille depuis des générations, avec cette simplicité méridionale qui n’a rien à prouver.
Nous y viendrions pour la lumière de l’arrière-pays niçois autant que pour les œuvres, en évitant le cœur de l’été. Le village de Saint-Paul-de-Vence se parcourt en une matinée ; le reste du temps, la maison suffit.
Ce que la maison permet
La table sous les figuiers
Le déjeuner en terrasse, à l’ombre des figuiers, fait partie de l’expérience autant que les chambres. Nous réserverions à l’avance, la table étant recherchée.
Vivre avec la collection
Les œuvres ne sont pas cantonnées à un accrochage : elles ponctuent les terrasses, la salle et les abords de la piscine. On les découvre en circulant, sans parcours imposé.
Le séjour en un regard
- Lieu
- Saint-Paul-de-Vence
- Durée
- Deux à trois nuits
- Saison
- Printemps ou automne
- Esprit
- Art, Méditerranée et mémoire
La maison
La Colombe d’OrHôtel et restaurant · Saint-Paul-de-Vence
Place du Général de Gaulle. Treize chambres, douze suites et une collection née au fil des amitiés avec les artistes. Notre conseil : réserver une table pour le déjeuner en terrasse et éviter le cœur de l’été.
Instagram© Wikimedia Commons
Maison 03 · Émilie-Romagne
Casa Maria Luigia, la maison de Bottura

Une villa transformée en maison d’hôtes
Près de Modène, dans la campagne de San Damaso, Lara Gilmore et Massimo Bottura ont transformé une villa du XVIIIe siècle en maison d’hôtes qui leur ressemble. On y retrouve ce qui fait leur univers : une collection d’art contemporain, une bibliothèque, des disques, et une manière de recevoir héritée de la table plutôt que de l’hôtellerie.
La maison ne compte qu’une douzaine de chambres, réparties entre la villa et une annexe, chacune mêlant pièces anciennes et œuvres. Le petit déjeuner, réputé, s’étire ; le soir, une table propose une lecture des classiques émiliens, tandis que l’Osteria Francescana, en ville, reste une expérience à part, à réserver longtemps à l’avance.
Modène est tout près, mais la maison invite à ne pas toujours vouloir la rejoindre. Nous y garderions deux nuits au moins, le temps d’un dîner sur place, d’une matinée sans programme et d’une éventuelle incursion en ville pour le marché ou une cave de vinaigre balsamique.
Ce que la maison permet
Le petit déjeuner et la table
Le petit déjeuner est une pièce maîtresse de la maison ; le dîner y célèbre la cuisine émilienne. L’Osteria Francescana, à Modène, se réserve séparément et très en amont.
Vivre parmi la collection
Art contemporain, bibliothèque et musique donnent à la maison son atmosphère. On circule entre les œuvres comme chez des hôtes, non dans un musée.
Chez Lara et Massimo



Le séjour en un regard
- Lieu
- San Damaso, Modène
- Durée
- Deux nuits au minimum
- Saison
- Du printemps à l’automne
- Esprit
- Art, musique et table
La maison
Casa Maria LuigiaMaison d’hôtes · San Damaso, Modène
Stradello Bonaghino 56. Une villa du XVIIIe siècle imaginée par Lara Gilmore et Massimo Bottura, avec jardin, collection et table. Notre conseil : réserver l’Osteria Francescana très à l’avance si vous la visez, mais garder au moins une soirée à la maison.
Instagram© Casa Maria Luigia, Marco Poderi
Maison 04 · Pouilles
Masseria Moroseta, parmi les oliviers

Une architecture qui regarde les fermes du Sud
À quelques kilomètres d’Ostuni, la Masseria Moroseta est une maison blanche posée au milieu des oliviers. Dessinée par l’architecte Andrew Trotter, elle emprunte le vocabulaire des masserie des Pouilles, murs de pierre à la chaux, voûtes, cours, sans jamais les imiter servilement. Le résultat est contemporain et pourtant profondément ancré.
La maison compte peu de chambres, toutes tournées vers la campagne. Les journées y trouvent naturellement leur ordre, entre le petit déjeuner sur la terrasse, la piscine, les chemins entre les oliviers et un dîner qui met en avant les produits de la ferme et de la région. On y cultive aussi l’huile d’olive, qui n’est pas un décor mais une activité.
La côte adriatique et les villes blanches, Ostuni, Cisternino, Locorotondo, sont à portée de route, mais la masseria se suffit à elle-même. Nous y resterions trois nuits, en n’organisant qu’une ou deux sorties, et en laissant la lumière des Pouilles régler le rythme.
Ce que la maison permet
La table de la ferme
Le dîner s’appuie sur le potager, l’huile de la propriété et les producteurs voisins. Nous vérifierions les jours où la table est ouverte avant de composer le séjour.
La piscine et les chemins
La piscine, la terrasse et les sentiers entre les oliviers suffisent à remplir les journées. Les excursions vers Ostuni ou la côte restent optionnelles.
Autour de la masseria



Le séjour en un regard
- Lieu
- Ostuni, Pouilles
- Durée
- Trois nuits
- Saison
- Fin du printemps ou début de l’automne
- Esprit
- Oliviers, architecture et lenteur
La maison
Masseria MorosetaMaison d’hôtes et ferme · Ostuni
Contrada Lamacavallo. Une maison contemporaine au milieu des oliviers, dans le vocabulaire des masserie. Notre conseil : réserver une chambre côté campagne et vérifier les soirs où la table est ouverte.
Instagram© Masseria Moroseta
Maison 05 · Highlands
The Fife Arms, un monde dans les Cairngorms

Une auberge victorienne devenue collection
À Braemar, au cœur des Highlands et du parc national des Cairngorms, The Fife Arms était une auberge victorienne. Rouverte en 2018 par Iwan et Manuela Wirth, elle est devenue un monde en soi : des centaines d’œuvres et d’objets, de Picasso à l’artisanat écossais, des tableaux anciens, des minéraux, des récits accrochés à chaque mur.
On vient d’abord pour les paysages, les montagnes, les rivières à saumon, la lande, puis l’on se surprend à passer autant de temps à l’intérieur, tant chaque salon et chaque chambre racontent quelque chose. La maison assume ce foisonnement sans jamais tomber dans le musée : on y dort, on y boit un whisky, on y dîne, entre les œuvres.
Le climat des Highlands fait partie du voyage, et l’automne y a une intensité particulière. Nous y viendrions pour deux ou trois nuits, en alternant une sortie dans les Cairngorms et de longues heures à explorer les pièces de la maison.
Ce que la maison permet
Vivre entre les œuvres
La collection n’est pas séparée du séjour : elle occupe les salons, le bar et les chambres. On la découvre en habitant la maison, un verre à la main.
Les Cairngorms à la porte
Marche, pêche, whisky et grands paysages structurent les journées dehors. Les activités saisonnières et guidées seront précisées selon la période.
Le séjour en un regard
- Lieu
- Braemar, Cairngorms
- Durée
- Deux à trois nuits
- Saison
- Automne ou hiver
- Esprit
- Art, Highlands et récits
La maison
The Fife ArmsHôtel · Braemar, Écosse
Mar Road. Une ancienne auberge victorienne devenue un monde d’art, d’objets et de récits écossais. Notre conseil : prévoir autant de temps pour les pièces communes que pour les Cairngorms, et venir à l’automne pour la lumière.
Instagram© The Fife Arms
Des adresses que l’on transmet
Nous garderions volontiers ces cinq maisons pour nous, mais leur valeur tient aussi à cela : pouvoir les confier à ceux qui sauront y entrer sans bruit, regarder longtemps et ne rien presser. Aucune ne se visite vraiment ; toutes se vivent.
La durée, la chambre, la saison et les tables seront repris avec vous, puis vérifiés avant toute réservation. Si l’une de ces maisons rencontre une envie, nous pouvons en faire le point de départ d’un voyage.