La plupart du temps, l’hôtel vient après la destination. On choisit une région, une ville, parfois une route, puis l’on cherche l’adresse qui permettra de les rejoindre. Il arrive pourtant que l’ordre s’inverse. Une maison apparaît, avec son histoire et son paysage, et le voyage commence à se construire autour d’elle.
Cette inversion n’a rien d’un renoncement. Rester ne signifie pas se détourner du territoire, lorsque la maison en a conservé les matériaux, les gestes et les usages. À Reschio, l’architecture se lit dans les fermes relevées une à une. À Forestis, l’air, l’eau et la lumière expliquent encore le choix fait en 1912. À Santanyí, Can Ferrereta porte les traces d’une ville qui devait se protéger des incursions venues de la mer. Près de Chiusdino, Borgo Santo Pietro relie la ferme d’aujourd’hui à une ancienne terre de passage.
Nous avons sélectionné quatre hôtels capables de donner une forme aux journées sans les remplir. Chacun demande une durée minimale, un rythme et quelques sorties seulement. L’adresse devient alors le point d’ancrage du séjour, mais jamais une bulle indifférente à ce qui l’entoure.
Voici ce que nous viendrions chercher dans chacune de ces maisons, et la manière dont nous composerions les premiers jours autour d’elle.
Maison 01 · Ombrie
Reschio, à la frontière de l’Ombrie et de la Toscane

Un domaine reconstruit comme un monde
Reschio s’organise autour d’un château millénaire et de plus de cinquante anciennes fermes réparties dans 1 560 hectares de collines et de bois. Lorsque la famille Bolza reprend le domaine dans les années 1990, une grande partie est abandonnée. La restauration ne cherche pas à effacer ce temps : les bâtiments sont relevés avec des techniques traditionnelles, les matériaux anciens sont réemployés et le mobilier qui manque est dessiné sur place, puis fabriqué avec des artisans locaux.
Cette continuité explique pourquoi le domaine ne ressemble pas à un hôtel posé dans la campagne. Le studio d’architecture, les écuries, les jardins, les bois et les maisons privées appartiennent au même projet. Plus de trente fermes ont retrouvé un usage ; le château accueille l’hôtel, tandis qu’une ancienne manufacture de tabac des années 1940 abrite aujourd’hui les équipes de création.
Les chevaux occupent une place particulière dans cette histoire. Le haras de chevaux espagnols, développé au début des années 2000, prolonge le rêve équestre du comte Antonio Bolza. On peut les voir travailler dans le Teatro Equestre ou rejoindre les chemins du domaine, selon son niveau et les activités disponibles.
Nous choisirions quatre nuits. Le temps d’arriver, de comprendre l’échelle du lieu, puis de décider si une sortie mérite réellement de l’interrompre. La chambre, l’orientation et la saison modifieront beaucoup le séjour ; elles seront donc choisies avant d’ajouter quoi que ce soit au programme.
Ce que la maison permet
Les chambres du château
Chaque chambre possède sa propre composition, avec du mobilier dessiné par le studio BB for Reschio et fabriqué avec des artisans. Nous choisirions moins une catégorie qu’une atmosphère, un étage et une orientation.
Deux tables, trois bars
Le Ristorante al Castello privilégie le cadre plus intime du château ; Alle Scuderie ouvre sur le jardin et sert tout au long de la journée. Les produits du potager et les cueillettes du domaine relient les deux cuisines.
La Bathhouse
Installée dans les anciennes caves, elle réunit bain romain d’eau salée, hammam ottoman, sauna et soins. Certains rituels ou espaces privés se réservent séparément et seront confirmés avec la chambre.
Le domaine comme terrain de séjour
Équitation, marche, vélo électrique, tennis, piscine, lac, yoga et ateliers donnent plusieurs directions possibles. Nous n’en sélectionnerions qu’une ou deux, selon la saison et les disponibilités.
Dans le château



Notre suggestion de séjour : Quatre nuits pour entrer dans le paysage
Le domaine suffit à donner une direction. Nous garderions une seule demi-journée hors de Reschio, choisie selon la saison et l’envie de route.
Arrivée
Rejoindre le château sans repartir
Arriver assez tôt pour découvrir la cour, les salons et les premiers chemins avant le dîner. La première soirée doit permettre de comprendre la géographie du domaine, pas de prévoir la journée suivante.
Jour 2
Du château aux écuries
Consacrer la matinée aux bois et aux prairies, à pied ou à cheval selon les disponibilités. Garder l’après-midi pour la Bathhouse, le lac ou simplement pour revenir dans les pièces du château à une autre lumière.
Jour 3
Sortir une seule fois
Choisir une ville ou un paysage proche, en Ombrie ou vers la frontière toscane, puis rentrer avant le soir. L’excursion sera précisée selon la saison plutôt que transformée en circuit régional.
Jour 4
Observer ce qui se fabrique ici
Approcher le travail des chevaux, du jardin ou du studio lorsque le calendrier le permet, puis laisser le dernier déjeuner s’étirer. Ce jour reste volontairement peu écrit.
Le séjour en un regard
- Lieu
- Lisciano Niccone, Ombrie
- Durée
- Suggestion de 4 nuits
- Saison
- Printemps ou automne
- Esprit
- Architecture, chevaux et paysage
Maison 02 · Dolomites
Forestis, sur les hauteurs de la Plose

L’air, l’eau et la lumière comme origine
À 1 800 mètres, face aux Dolomites, Forestis occupe un site choisi au début du XXe siècle pour des raisons très précises. En 1912, la monarchie austro-hongroise projette d’y établir un sanatorium pour malades pulmonaires. Les médecins avaient identifié quatre qualités : l’eau de source, la pureté de l’air, l’ensoleillement et un climat où se rencontrent les influences du nord et de l’Adriatique. La guerre interrompt le projet ; l’ancienne construction de bois demeure dans la forêt.
Alois Hinteregger la découvre en 2000. L’hôtel ouvre en 2009, puis Forestis prend sa forme actuelle en 2020. L’architecture contemporaine ne cherche pas à concurrencer les sommets : la pierre dolomitique, le verre et les bois non traités reprennent les matières du lieu, tandis que les grandes ouvertures maintiennent la montagne dans le champ de vision.
Nous viendrions lorsque le paysage change d’état, avant l’hiver profond ou lorsque la neige commence à se retirer. Cette période ne garantit ni une couleur ni une activité précise ; elle donne surtout au séjour une tension discrète entre deux saisons. Les conditions de marche et l’ouverture des installations seront vérifiées avant le départ.
Trois nuits peuvent suffire si l’on accepte de ne presque pas descendre. La montagne se lit alors depuis les chemins, la chambre, le spa et la table, où la cuisine revendique elle aussi la forêt et les produits de l’altitude comme point de départ.
Ce que la maison permet
Quatre manières d’habiter la vue
Les chambres commencent à 35 m², les suites à 50 m² et les Tower Suites à 55 m². Les penthouses de 200 m² ajoutent un toit-terrasse avec piscine ; la villa historique se réserve intégralement, jusqu’à dix personnes.
Un spa pensé avec la montagne
Piscine intérieure et extérieure, saunas, salles de silence, espace de mouvement Wyda, fitness et soins composent le spa. Les rituels privés et la privatisation tardive de la piscine relèvent de réservations distinctes.
La cuisine de la forêt
La table travaille avec les cultures de l’hôtel, les cueillettes et les producteurs de la région. Le restaurant en gradins préserve pour chaque table une vue vers la forêt et les Dolomites.
Une saison à vérifier
Marche, neige et accès aux pistes dépendent des conditions. Nous confirmerions les activités ouvertes, l’équipement nécessaire et la météo avant de fixer le déroulé des journées.
Face aux Dolomites



Notre suggestion de séjour : Trois nuits sans redescendre trop vite
Ici, le programme dépend de la météo et de l’état des sentiers. Nous fixerions un rythme, puis confirmerions les activités peu avant le séjour.
Arrivée
Prendre la mesure de l’altitude
Garder les premières heures pour la vue et le silence du site. Une courte marche suffit ; l’essentiel est de laisser au corps le temps de rejoindre le rythme de la montagne.
Jour 2
Marcher depuis la forêt
Partir avec un itinéraire adapté aux conditions, puis revenir assez tôt pour le spa et le dîner. La journée n’a pas besoin d’un second objectif.
Jour 3
Choisir entre mouvement et repos
Selon la saison, poursuivre sur les chemins, profiter de la neige ou rester dans l’hôtel. Cette dernière journée demeure ouverte pour ne pas promettre la montagne avant qu’elle ne se soit montrée.
Le séjour en un regard
- Lieu
- Plose, au-dessus de Bressanone
- Altitude
- 1 800 mètres
- Durée
- Suggestion de 3 nuits
- Esprit
- Forêt, marche et silence
Maison 03 · Majorque
Can Ferrereta, dans les murs de Santanyí

Une maison de ville tournée vers son jardin
Santanyí est fondée en 1300 par Jacques II de Majorque, mais les environs conservent des traces bien antérieures, avec plus de cent cinquante sites archéologiques recensés. La ville de pierre blonde s’est ensuite construite avec la nécessité de se protéger des attaques venues de la mer. Can Ferrereta, maison du XVIIe siècle, se tient près de l’ancienne enceinte fortifiée et du clocher qui domine encore le bourg.
La demeure appartenait à la famille Bonet. Sa restauration a conservé les voûtes, les arches, les poutres, les plafonds de pierre et certaines terrasses en pierre sèche. Trente-deux chambres et suites se répartissent aujourd’hui entre les volumes historiques et des interventions plus contemporaines, autour d’un jardin méditerranéen où un grand araucaria devient un repère.
L’art n’est pas ajouté comme un signe extérieur de modernité. Les œuvres contemporaines espagnoles répondent aux surfaces anciennes et rappellent que Majorque a longtemps attiré peintres, céramistes et artisans. Cette relation nous intéresse davantage qu’une opposition trop simple entre plage et campagne.
Nous choisirions quatre nuits pour garder deux échelles : Santanyí à pied, puis la côte du sud-est lorsque la lumière ou la saison s’y prête. Une voiture peut être utile pour les criques, mais elle ne doit pas transformer le séjour en tour de l’île.
Ce que la maison permet
Trente-deux chambres et suites
Les volumes historiques et les ajouts contemporains n’offrent pas la même relation au jardin. Nous choisirions la chambre selon la terrasse, la lumière et le besoin de retrait, plutôt que sur sa surface seule.
Ocre et La Fresca
Ocre accueille petit-déjeuner, déjeuner et dîner dans la maison et la cour majorquine. La Fresca propose une cuisine méditerranéenne près de la piscine, avec un fonctionnement davantage lié à la belle saison.
Le spa Sa Calma
Une piscine intérieure chauffée de dix mètres avec hydromassage, un sauna, un hammam, trois cabines de soins et un espace extérieur pour le yoga composent le lieu. Les traitements sont proposés en supplément.
Une adresse facile à habiter
Salle de sport ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, location de vélos et bike station complètent le séjour. Parking et transferts peuvent être organisés avec supplément.
Dans la maison



Notre suggestion de séjour : Quatre nuits entre la ville de pierre et la mer
La maison permet d’alterner facilement un matin dehors et un après-midi au jardin. Nous préserverions cette simplicité.
Jour 1
Entrer dans Santanyí à pied
Découvrir les rues autour de l’église et de l’ancienne enceinte, puis rentrer déjeuner ou lire au jardin. La première journée reste dans le bourg.
Jour 2
Rejoindre une seule crique
Choisir la côte selon le vent, la fréquentation et la saison. Partir tôt, revenir avant la fin de l’après-midi et ne pas additionner les plages.
Jour 3
Regarder ce que l’île fabrique
Consacrer quelques heures aux ateliers, à la céramique ou au marché selon le calendrier, puis retrouver la collection et les matières de Can Ferrereta avec un autre regard.
Jour 4
Laisser le jardin gagner
Ne rien prévoir avant le dîner. Cette journée donne sa cohérence au choix de la maison : elle permet d’y rester sans avoir le sentiment de manquer l’île.
Le séjour en un regard
- Lieu
- Santanyí, Majorque
- Maison
- Demeure du XVIIe siècle
- Durée
- Suggestion de 4 nuits
- Esprit
- Art, jardin et criques
La maison
Can FerreretaHôtel · Santanyí, Majorque
Carrer de Can Ferrereta 12, 07650 Santanyí, Espagne. Trente-deux chambres et suites dans une maison du XVIIe siècle.
Instagram© Can Ferrereta
Maison 04 · Toscane
Borgo Santo Pietro, dans la vallée de la Merse

Une ancienne halte devenue domaine vivant
Bien avant de devenir un hôtel, le lieu participait à une géographie de l’accueil. Non loin de la Via Francigena, la demeure aurait servi de lieu de repos et de soin aux pèlerins médiévaux qui se rendaient vers l’ermitage de Montesiepi et l’abbaye de San Galgano. Le domaine conserve ainsi une relation ancienne au passage, à la terre et à la guérison.
Jeanette et Claus Thottrup découvrent en 2001 une villa vieille d’environ huit siècles, alors en ruine au milieu de terres en friche. Sept années de restauration précèdent l’ouverture en 2008. Les jardins, composés plante après plante, la ferme biologique, les potagers, les vignes et la laiterie artisanale ont progressivement redonné au domaine une vie productive.
Cette organisation rend le séjour plus lisible. Le lait des brebis devient fromage et yaourt sur place ; les légumes, les œufs, les herbes et une partie des viandes rejoignent les cuisines. La table ne sert donc pas seulement à retenir les hôtes dans l’hôtel. Elle raconte le travail quotidien qui relie la ferme, les jardins et les restaurants.
Quatre nuits permettent de ne pas choisir entre cette vie intérieure et l’histoire de la vallée. Nous garderions une journée pour San Galgano, puis reviendrions au domaine avant que l’excursion ne se transforme en itinéraire toscan.
Ce que la maison permet
Vingt-deux chambres singulières
Les chambres et suites sont réparties entre la villa et les jardins. Certaines disposent d’une terrasse, d’un jardin ou d’une piscine privée ; des configurations communicantes existent pour voyager à plusieurs.
Deux lectures de la table
Saporium construit une expérience gastronomique à partir du domaine. La Trattoria Sull’Albero, organisée autour de deux chênes, propose une lecture plus directe des légumes, fromages, œufs et viandes produits sur place.
De la ferme à l’atelier
La ferme, la laiterie, les vignes et les jardins nourrissent aussi l’école de cuisine. Cours de pâtes ou de pizza, fermentation et fabrication de fromage sont proposés selon le calendrier.
Le soin issu du domaine
Le spa utilise notamment la gamme Seed to Skin, élaborée dans le laboratoire de la propriété à partir d’herbes cultivées sur place. Soins, visites et ateliers seront sélectionnés et réservés séparément.
La villa, la table et les jardins



Notre suggestion de séjour : Quatre nuits autour de la terre et de San Galgano
La ferme et les jardins ne sont pas des activités à cocher. Ils donnent plutôt un fil aux heures passées sur le domaine.
Arrivée
Comprendre le domaine par le jardin
Commencer par marcher entre la villa, les jardins et les espaces agricoles. Cette première lecture permettra de choisir ensuite ce que l’on souhaite approfondir.
Jour 2
De la ferme à la table
Approcher la production du domaine selon les visites disponibles, puis réserver du temps au déjeuner et au repos. La journée suit le même chemin que les produits, sans ajouter de sortie.
Jour 3
Rejoindre San Galgano
Quitter quelques heures la propriété pour l’abbaye et l’ermitage de Montesiepi. Leur histoire de pèlerinage replace Borgo Santo Pietro dans un territoire plus ancien que l’hôtel.
Jour 4
Ne plus avoir à sortir
Garder la dernière journée pour le spa, les jardins ou un atelier confirmé avant le départ. Le choix dépendra davantage du rythme souhaité que du nombre d’expériences disponibles.
Le séjour en un regard
- Lieu
- Chiusdino, Toscane
- Maison
- Villa d’environ huit siècles
- Durée
- Suggestion de 4 nuits
- Esprit
- Jardins, ferme et histoire
La maison
Borgo Santo PietroHôtel et domaine · Chiusdino, Toscane
Località Palazzetto 110, 53012 Chiusdino SI, Italie. Vingt-deux chambres au sein d’un domaine agricole avec jardins et laiterie.
Instagram© Borgo Santo Pietro
Pour choisir
Choisir d’abord la maison
Reschio convient à ceux qui veulent habiter un projet d’architecture et de paysage. Forestis resserre le séjour autour de la montagne. Can Ferrereta permet de garder ensemble la vie d’un bourg et la proximité de la mer. Borgo Santo Pietro donne à la ferme, aux jardins et à la table la profondeur d’une histoire plus ancienne.
Dans les quatre cas, l’hôtel ne remplace pas la destination. Il offre une manière plus précise d’y entrer. La durée, la saison, le choix de la chambre et les activités réellement disponibles seront repris avec vous, puis vérifiés avant toute réservation.


